Raphaël Brunner
Abstract de la conférence prononcée le
7 octobre 1999 dans le cadre de “Zeichenprozesse in komplexen
Systemen. 7. Internationaler
Kongress der International Association for Semiotic Studies”, Technische
Universität Dresden.
Le thème de la session consacrée aux musical semiotics, « Is systematic Analysis of Complex Musical Texts Possible ? » accompagne la prise de conscience latente qui accompagne l’évolution de cette discipline, que l’on pourrait réduire, sans doute de manière abusive, à une question : comment pouvons-nous dépasser la réduction structuraliste — qui réduit la musique à un texte — sans avoir à retourner à l’herméneutique traditionnelle — qui approche généralement la musique par les textes qui l’environnent ? Le structuralisme aura soupçonné l’herméneutique, mais divers essais viendront également se livrer à une évaluation de sa propre pertinence (entre autres La structure absente de Eco, Le plaisir du texte de Barthes, Pour une esthétique de la réception de Jauss). Du côté de la musicologie, sans doute à cause de la nature même de l’objet de son étude, les approches seront restées herméneutiques, empiriques, ou affronteront de manière frontale les textes musicaux, sur le modèle de l’analyse musicale, quitte à multiplier les textes musicaux en relation et à céder au formalisme.
Devant la multiplication des approches, on tentera plus récemment d’unifier analytiquement ce qui demeure épars esthétiquement. Ainsi, par exemple, deux conceptions anglo-saxonnes qui tentent, l’une d’ontologiser l’art à partir de sa situation contemporaine (Arthur Danto), l’autre, d’introduire un historicisme post-historique (Jerrold Levinson). Mais il semble bien qu’il soit possible d’éviter ces deux historicismes, qui consomment, l’un, la fin de l’histoire, l’autre, son origine, soit en optant pour une ontologie restreinte (l’artisticité de la musique pour Gérard Genette), soit en réintroduisant l’idée de contraintes épistémologiques historiques affrontées par les œuvres (l’historicité de la musique). Comment donc qualifier l’historicité de la musique si ce n’est par l’interaction entre l’histoire des œuvres et l’histoire de leur réception ou approches, par l’enquête sur les situations épistémologiques dans le cadre desquelles naissent et évoluent les œuvres ? Ainsi diverses dimensions des textes musicaux et de leurs approches respectives, liées à des situations épistémologiques précises : l’herméneutique traditionnelle, le point de vue structuraliste conduisant à la lecture génétique, le « moment sémiotique » (selon le titre de ma contribution au colloque de musicologie systématique à Berlin). Les approches systématiques, comme Eero Tarasti semble le dire, sont soupçonnées à leur tour de tenir une méthode historiquement datée pour une méthode à portée générale. D’un autre côté, l’herméneutique musicale traditionnelle est datée elle aussi, ayant été lourdement suspectée par le structuralisme. Comment sortir de ces impasses ?
J’ai déjà suggéré qu’il serait pour le moins hasardeux de répondre à telle question, mais qu’il reste possible d’approcher comment les œuvres la médiatisent elles-mêmes, par leurs propres dynamiques. Pas de réponses, donc, mais l’histoire d’une question. Et pas l’histoire téléologique d’une question, mais une histoire de ce qui dure. La situation idéale parlerait en faveur d’une approche, et des particularités de la musique, et des approches généralistes qui ne sont pas spécifiques à la musique. La musique est un langage des plus complexes; mieux la comprendre dans ses aspects multiples est mieux comprendre, par ricochet, la dynamique et peut-être le fondement de tout langage.
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