Raphaël Brunner
Abstract pour la conférence du 9 septembre 2009 dans le cadre de l’Eternal Tour 2009, Festival artistique et scientifique, Neuchâtel, Val de Travers, La Chaux-de-Fonds, du 9 au 13 septembre 2009.
Si l’on disserte volontiers sur les rapports entre nature et culture, on est cependant bien en peine de formuler ne fût-ce qu’une phrase sur la nature de l’art sans tomber dans l’apologie du vrai ou de l’authentique. L’appellation d’ « art dénaturé » ou celle plus fréquente d’ « art dégénéré » indiquent à elles seules — le plus souvent de la pire manière — qu’il existerait une nature immuable de l’art, même s’il s’avère impossible d’en indiquer l’origine. Le résidu naturel qui échappe à l’expulsion hors de la sphère culturelle constituerait-il un élément essentiel de l’art ?
Plutôt que de répondre à cette question périlleuse, on cherchera à souligner le caractère problématique de cet élément. Rousseau, mû par le différend qui l’opposait à Rameau, donne une solution à ce problème, entre autres dans son Essai sur l’origine des langues. Et si l’opposition entre nature et culture est neutralisée par le structuralisme, ce dernier se voit cependant accompagné d’une renaturalisation sous-jacente qui passe notamment en surface dans la préface de Le Cru et le Cuit de Lévi-Strauss. C’est d’ailleurs notamment sur les conceptions de Rousseau et de Lévi-Strauss que portera l’essai de déconstruction de Derrida, où la lettre trace l’élément parole qu’aussi bien Rousseau que Lévi-Strauss, mais aussi que Nietzsche auraient entendu dans les inflexions mélodiques du chant et de la musique.
Cette question lancinante appelle moins une argumentation,
fût-elle déconstructive, qu’elle n’invite à prendre conscience de la manière
dont les œuvres, pour ainsi dire, la traversent. Ce qui apparaît comme une renaturalisation
de l’art, dès le milieu des années 60, est-il le reflet d’une situation
interdisciplinaire ? Oui, si l’on entend par là décrire les contextes
d’émergence des productions artistiques. Non, si l’on entend par là témoigner
de l’effort qu’elles produisent pour s’en extraire en devenant capables de les
produire.
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