Raphaël Brunner
Abstract de la communication au colloque « Musique et Littérature au xxe siècle », Université de Lyon 3 Jean Moulin, Centre Jean Prévost et Institut d’Études transtextuelles et transculturelles, les 21 et 22 octobre 2010.
Dans la musique du second après-guerre, le chassé-croisé des références, tour à tour littéraires, picturales, et bien sûr musicales, témoigne d’une manière caractéristique de « faire l’histoire », mais sans pour autant se détacher et même en se réclamant de moments soigneusement sélectionnés. La volonté de synchroniser l’ensemble des éléments du langage musical, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, en passant pour ainsi dire par le stade de l’épure, s’accompagne ainsi d’un anachronisme apparent des références, qui relève toujours d’une hétéronomie langagière propre aux dynamiques artistiques et à la musique.
La manière dont un compositeur comme Pierre Boulez note une rupture du cercle d’Occident chez Debussy, de même que la manière dont il réfère sa pratique au corrélât littéraire du symbolisme hautement personnalisé de Debussy, en réactualisant le symbolisme tout aussi particulier de Mallarmé, est éloquente. La référence au poète et à ses recherches est d’abord privilégiée, détournant les exégètes de l’approche des orientations stylistiques, inspirées souvent par les traditions extra-européennes, aussi lointaines géographiquement et historiquement que singulièrement proches parce qu’ouvrant dès les premières œuvres sur un nouveau contexte.
Largement parallèle à celui instauré par le structuralisme,
le régime d’immanence inauguré par la musique, dès les années 50, use du lien
avec d’autres arts, dont la littérature, pour maintenir un rapport avec la
tradition, dans le même moment que la réintégration des références musicales
opère sous le puissant contrôle de l’écriture. C’est de ce chassé-croisé que la
modernité renoue avec son geste premier et que la musique renoue avec son
caractère transhistorique ou transculturel, pour ne pas dire universel. Selon
Jacques Rancière, le régime esthétique des arts, qui est le nom véritable de ce
que désigne l’appellation confuse de modernité, est effectivement et d’abord un
régime nouveau du rapport à l’ancien, dont les références extra-musicales sont
les symptômes.
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