Raphaël Brunner
Abstract pour le 18e Congrès international de la Société international de musicologie, Zurich, 10-15 juillet 2007.
Si l’esthétique, comme le pense Hugues Dufourt, est la conscience actuelle de l’histoire de l’art, il convient d’examiner comment les œuvres en sont la possibilité. La musicologie qui entend développer une telle conscience ne peut pas se contenter, en effet, de thématiser cette question, mais se doit d’examiner comment les œuvres la médiatisent. De ce point de vue, la modernité musicale est la manière dont les œuvres se centrent sur leur propre devenir et sur le dynamisme des formes. Mais cet élan s’accompagne immanquablement d’un épuisement : l’œuvre n’est alors d’aucune affirmation; elle cherche à assumer la négation qui pèse sur elle. C’est précisément à ce moment-là et comme à contretemps qu’elle parvient à symboliser un devenir intrinsèquement musical. Adorno rapprochera ainsi de la musique de Stravinsky la musique des années 50 et dénoncera le statisme de cette dernière, qui justement misait sur son devenir. Mais c’est dans la musique des années 80 que le mouvement déceptif d’une dynamique musicale centrée sur les résidus de l’expression musicale se verra symbolisé. Un effort incommensurable y apparaîtra, qui parcourt la musique européenne des dernières décennies : la volonté de retrouver un concept d’œuvre non aliéné, à l’intérieur d’un genre survivant. Ainsi, si les diverses œuvres que j’évoquerai symbolisent l’épuisement de la dynamique musicale, ce n’est pas parce qu’elles le produisent, mais parce qu’elles le mettent en œuvre pour l’affronter, ce qui permet à la réception musicale d’en développer la conscience esthétique.
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